Puis-je vraiment créer ? Plus précisément, puis-je vraiment créer quelque chose d’extérieur à moi-même ? Je n’arrive pas à dissocier l’écrit de l’auteur. J’écris sur des sujets variés, traités avec « humour », rationalité ou émotion et pourtant je me retrouve dans toutes mes « créations ». Que ce soit la photographie, l’écriture ou la musique. Un sentiment étrange de tourner en rond. Un peu trop terrestre, un peu trop humain. Ma présence transpire de toutes mes créations, ça m’ennuie. Est-ce cela qu’on appelle le style ? La patte ?
Je ne sais pas s’il est possible de s’extirper de ce lien, je ne suis même pas sûr que ce soit nécessaire. Quel que soit le sujet, c’est moi qui écrit, avec ma sensibilité et mon regard sur le monde, c’est cela que je partage derrière l’excuse de création. On met en scène, on raconte une histoire dans le but de faire passer quelque chose. C’est ce quelque chose qui est fondamentalement attaché à notre être. Mais c’est impliquant, à chaque regard c’est une partie de soi que l’on juge, mieux vaut avoir les épaules larges. Je parle de création, mais ça s’applique je crois à tout, nos actes, nos paroles. « Est-ce que cela ne vous semble pas bizarre de ne pouvoir être autre chose que soi, jusqu’à son dernier souffle, et même au-delà, dit-on. » Anne Hebert. C’est marrant finalement qu’on passe notre vie à essayer d’être « fidèle à soi-même » alors que dans l’absolu on ne peut jamais faire autrement.
Je voudrais écrire des télégrammes pour que le rythme soit entendu.